Champion, entrepreneur, organisateur de tournois, éditeur et créateur de parcours, Gaëtan Mourgue d’Algue nous a quitté fin septembre. Il aura consacré sa vie au développement du golf. Pendant plus de soixante-dix ans, il s’est attaché à en faire découvrir toutes les facettes et à l’ouvrir à tous les publics, des professionnels aux amateurs, des champions aux débutants, des jeunes aux plus anciens, du golf masculin au golf féminin, avec une même volonté : faire connaître, partager et développer ce sport auprès du plus grand nombre, sans jamais renoncer aux valeurs qui en font la singularité.
Cette passion fut d’abord celle d’un champion. Dès l’âge de 15 ans, Gaëtan Mourgue d’Algue représenta la France dans de nombreuses compétitions internationales. Plus de quarante sélections en équipe nationale ; il participa notamment à trois championnats du monde amateurs par équipe. Au cours d’une longue carrière amateur, il remporta de nombreux titres nationaux et internationaux, parmi lesquels 5 championnats de France individuels, 8 par équipe, ainsi que toutes les grandes épreuves du golf amateur français. Le Monde le présentait dès 1968 comme l’un des meilleurs joueurs français de sa génération et le « chef de file » de l’équipe de France. Le Monde.fr
Il partagea cette passion avec son épouse, Cécilia Mourgue d’Algue, l’une des plus grandes championnes du golf amateur français avec 45 titres nationaux, individuel et par équipe. Ensemble, ils incarnèrent pendant plusieurs décennies une famille profondément liée à l’histoire du golf français.
Mais très tôt, Gaëtan Mourgue d’Algue voulut aller au-delà de sa propre carrière de joueur. Son ambition était déjà de faire grandir le golf français et de l’ouvrir davantage au public.
En 1963, avec son père, il participa à l’accueil à Saint-Nom-la-Bretèche de la Canada Cup, ancêtre de la Coupe du monde professionnelle par équipes. Jack Nicklaus et Arnold Palmer y remportèrent la victoire devant un public français qui découvrait pour la première fois les plus grands champions mondiaux. Cette compétition contribua à faire entrer le golf français dans une nouvelle dimension internationale.
À la fin des années 1960, il présida l’Association pour la promotion du golf. Son objectif dépassait déjà le seul golf de compétition. En janvier 1970, l’association annonçait ainsi la création future de centres d’initiation et de parcours ouverts au public à des tarifs accessibles, avec la volonté revendiquée d’élargir le nombre de pratiquants d’un sport encore largement réservé à une minorité.
Cette conviction — le golf devait se développer et toucher de nouveaux publics — restera le fil conducteur de toute son action.
La même année, avec son ami et associé de la première heure, Dominique Motte, il créa à Saint-Nom-la-Bretèche le Trophée Lancôme. (voir l’article : Le Monde.fr) Pendant plus de trente ans, le tournoi accueillit les plus grands joueurs du monde, d’Arnold Palmer et Gary Player à Severiano Ballesteros, Bernhard Langer, Nick Faldo, Lee Trevino ou encore David Duval. Le Trophée Lancôme contribua de manière décisive à mettre la France sur la carte du golf professionnel international et à rapprocher le public français des champions qu’il ne pouvait jusque-là voir évoluer qu’à l’étranger. Original dans la promotion du golf auprès du grand public, Gaëtan Mourgue d’Algue n’hésita pas à imaginer des opérations inédites lors du Trophée Lancôme. En 1976 puis en 1977, Arnold Palmer, la grande star populaire de l’époque, tapa des drives depuis le deuxième étage de la tour Eiffel en direction du Champ-de-Mars. Ces images firent le tour du monde.
Dans le même esprit, Gaëtan Mourgue d’Algue participa activement à l’émergence du golf professionnel en Europe continentale, alors largement dominé par la Grande-Bretagne et l’Irlande. Son action, menée notamment avec Mark McCormack et IMG, accompagna les débuts de ce qui allait devenir le grand circuit professionnel européen.
Son engagement dépassa rapidement les frontières françaises. Membre à vie du Royal & Ancient de Saint Andrews, il contribua au développement de grandes compétitions en Europe continentale et à la création du circuit professionnel d’Amérique du Sud. Au Maroc, il comprit l’importance du tourisme golfique et créa le Trophée Hassan II, devenu l’une des grandes manifestations golfiques du continent africain.
Passionné, il porta également une attention particulière aux jeunes joueurs et aux talents émergents. À travers des compétitions qui leur étaient consacrées, comme l’Open Cacharel, premier championnat du Monde professionnel des moins de 25 ans, qui révéla entre autres le talent immense de Greg Norman, José Maria Olazabal, Nick Faldo et de Bernhard Langer, vainqueur en 1979, et de Ian Woosnam en 1982.
Précurseur, il voulut de la même manière contribuer à la visibilité et au développement du golf féminin, en organisant des compétitions permettant aux meilleures joueuses professionnelles de se produire en France tel que la Hennessy Cup en 1985. Pour Gaëtan Mourgue d’Algue, promouvoir le golf signifiait en montrer toutes les facettes et s’adresser à tous ses publics.
Avec son associé, Dominique Motte, il racheta en 1970 la revue Tennis et Golf pour en faire Golf Européen, la plus grande revue de golf en France et en Europe continentale. Faire découvrir les parcours était également au cœur de son activité éditoriale. Sur une idée de Dominique Motte, il lança en 1995 le premier véritable guide des golfs européens, le Peugeot Golf Guide. Il alla encore plus loin en 2010 avec la création très ambitieuse du Rolex Golf Guide, avec une sélection des 1000 meilleurs golfs du monde sur les 35000 existants. Cette œuvre éditoriale répondait là encore à la même volonté : transmettre une connaissance du golf et donner envie aux joueurs de découvrir de nouveaux parcours.
Éclectique, sa vision passa aussi par la construction de parcours de golf et leur architecture. Il créa plusieurs golfs en France, notamment Arcangues, Limère et Joyenval, faisant travailler de grands architectes internationaux tels que Ronald Fream, Cabell Robinson ou Robert Trent Jones Sr. À travers ces projets, son ambition était toujours de proposer aux golfeurs français des parcours de grande qualité et de faire progresser la culture golfique en France.
Sa passion se transmit naturellement à la génération suivante. Avec ses fils Fabian et André, ils persuadèrent en 2011 l’architecte américain Tom Doak, star de l’architecture contemporaine, de réaliser au Grand Saint-Émilionnais son premier parcours en Europe continentale, désormais classé 3e meilleur golf de France par Golf Digest. Avec sa fille Kristel, 9 fois championne de France amateur, vainqueur du NCAA en 1995, ancienne joueuse du circuit professionnel européen et consultante pour Canal +, il lui donna le goût de raconter, de transmettre et de faire découvrir le golf.
Au-delà des titres, des tournois et des parcours qu’il laisse derrière lui, son héritage tient peut-être avant tout dans cette conviction qui guida toute sa vie : le golf devait être connu, partagé, transmis et accessible au plus grand nombre, sans jamais perdre les valeurs d’intégrité, de respect, d’humilité, de persévérance et de fair-play qui en font la particularité.























