Charles Hendi Quelin - paragolfeur
Cette saison, fairways met le paragolf à l’honneur avec le projet « Handicap Zéro ». À travers une série de portraits photographiques et rédactionnels, le magazine met en lumière ces joueurs et joueuses qui transcendent leur handicap grâce au golf. Des parcours de vie singuliers, qui rappellent que le golf est avant tout un jeu d’émotions et de dépassement de soi. (extrait de fairways n°96 daté mars/avril 2026)

Projet Handicap Zero : le paragolf a l'honneur

Né avec une atrophie du bras droit, Charles-Henri Quelin n’a jamais laissé le handicap définir son jeu. Brillant amateur chez les valides avant de devenir une figure du paragolf français, il a toujours suivi la même ligne : jouer, performer et prendre du plaisir, quel que soit le format. Un Ovni au parcours hors-norme et inspirant.

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 Valides, invalides, peu importe à Charles Henri Quelin finalement, car tant qu’il y a une balle de golf, l’homme est performant, et surtout, heureux. Parmi les amateurs, avec les professionnels, en compétition ou avec des amis, à vrai dire peu importe le format pourvu qu’au bout, il y ait l’ivresse du swing. Charles-Henri est une sorte d’ovni dans le petit monde du golf Français. Né avec une atrophie du bras droit (celui-ci est plus court que son bras gauche), il a mené une carrière de très haut niveau amateur parmi les valides avant de se tourner vers le Paragolf. Deux vies, mais une seule passion qui les accompagnés. Et, jalonnant, chacune d’elles, des pluies de trophées remportés par équipe ou en individuel par le joueur de Saint-Nom-la-Bretèche.

« Je suis né avec une atrophie au niveau de la main droite avec un bras droit plus court que le bras gauche. Pour cette raison, j’ai démarré le golf », débute Charles-Henri Quelin. C’était à Saint-Nom-la-Bretèche, club où il a débuté en 1980. Un handicap lourd qui va rythmer une enfance marquée par les nombreux séjours à l’hôpital. « J’ai commencé à subir des greffes à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. On utilisait un appareil assez lourd en fer pour essayer d’étirer les os et donc le bras. Je passais à chaque fois des séjours de 6 mois à l’hôpital. J’ai démarré vers 6-7 ans jusqu’à l’âge de 11 ans. Donc à chaque fois que je sortais de l’hôpital je recommençais à jouer au golf, en droitier toujours. Je jouais autour de 15 de handicap ».

Le projet « Handicap Zero » bénéficie du soutien de

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Comme souvent dans la vie, c’est une rencontre qui va tout faire basculer. « C’était après ma dernière opération à Garches, la 6e en 6 ans tout de même », se rappelle-t-il. « J’étais comme toujours au practice à taper des balles, quand Cécilia Mourgue d’Algue vient me trouver et me demande ce que j’ai. Elle m’observe 5 minutes et me donne alors un conseil qui va en effet tout remettre en question : jouer en gaucher. Mon bras gauche étant plus long elle pense que ce sera plus simple ». Avec le recul le conseil semble plein de bon sens certes, mais il effraie un peu le gamin qui jusqu’ici a fait plus que se débrouiller en jouant côté droit. Il faut alors tout réapprendre. Repartir de rien.

« Au début cela a été très difficile. J’avais du mal à m’y mettre. Je n’étais pas très motivé à l’idée de taper en gaucher, à tout redémarrer à zéro. Mais tant bien que mal je me teste. J’essaye de trouver un club de gaucher. Mais je dois avouer que la plupart du temps je continuais à taper en droitier, mais dès que Cécilia arrivait au practice hop, je changeais de club et je tapais en gaucher. C’était difficile et frustrant car au début bien sûr les coups était mauvais ». Il persévère, tente de trouver des clés, bricole parfois pour comprendre ce tout nouveau  : « Au bout d’un moment j’ai commencé à choper le truc. Mais j’avais un problème principal : le grip. En droitier j’avais un grip baseball « normal », mais en droitier il a fallu tout réinventer. La solution,  gripper juste avec deux doigts pas avec le pouce. C’est un peu comme un grip pince au putting », précise-t-il.

Tout cela en autodidacte, le handicap dans le golf, mais certainement dans le sport en général, étant un aspect peu connu à l’époque. Nous sommes à l’aube des années 90 et le chemin est encore long. A peine tracé. Les personnes en situation de handicap sont un peu livrées à elle-même se rappelle Charles-Henri : « Je me suis débrouillé comme j’ai pu. Je pense que le paragolf n’existait même pas. En France en tous cas, personne n’était sensibilisé au fait que des invalides puissent jouer au golf. Durant cette période, je n’ai pas le souvenir d’avoir croisé un paragolfeur. »

La persévérance, l’abnégation, mais aussi grâce à cette passion chevillée au corps qui lui impose de ne se fixer aucune limite, l’adolescent réussit son tour de force. Prouvant une fois de plus que le sport est un puissant vecteur de force intérieur. Ainsi, après le doute et la frustration, place au plaisir Ce swing de gaucher désormais va le porter encore plus loin. L’impression, c’est qu’il n’y a véritablement eu de coup d’arrêt dans sa progression. « A 13 ans j’avais atteint 7 de handicap. A 14 ans 4 », confirme-t-il par les chiffres. Avec une particularité qu’il a conservée aujourd’hui : « Seul le putting n’a pas évolué. J’ai toujours continué à putter en droitier car en gaucher j’ai l’impression que je vais faire des chips donc je ne me sens pas très à l’aise ». Golfeur accompli, à l’aube d’une très belle carrière amateur, Charles-Henri Quelin, est un joueur complet, comme l’atteste son niveau de jeu. Mais son corps, et ce bras qui entrave le mouvement, a entraîné le développement de certaines compétences. S’il n’a jamais connu de problème de longueur, il a surtout eu dans son arsenal une arme particulièrement prolifique. « Davantage de toucher et de précision. J’ai très rapidement été précis sur les coups de fer et j’ai du toucher autour des greens. C’est un de mes points forts, cela l’a été encore davantage plus jeune, et j’étais même « un peu connu pour cela ». En fait, comme mon poignet droit est naturellement bombé, je ne peux pas vraiment le refermer à l’impact. Pour moi, cela a aidé dans la direction du coup »…

Commence alors la compétition et l’ascension sportive parmi les valides « A 14 ans, je me suis retrouvé en Championnat de France minimes et j’ai perdu en finale au Golf du Prieuré. Ce premier bon résultat m’a permis de me faire repérer. J’ai donc commencé les stages fédéraux, avec Dominique Larretche entre autres ». Durant ces années, que ce soit en individuel ou avec son équipe de Saint-Nom-la-Bretèche, Charles-Henri Quelin rafle de nombreux trophées. Certains parmi les plus prestigieux comme la Coupe Frayssineau-Mouchy qu’il remporte en 2001.

Lui, le golfeur invalide, s’impose parmi les valides, et domine même un temps ses pairs. Il va logiquement franchir un palier et intégrer l’élite française amateur .« J’ai été n°1 français amateur au début des années 2000. J’ai alors joué en équipes de France Messieurs pendant 4 ans (1998-2002). J’ai joué un Championnat du Monde par équipe, deux Championnats d’Europe par équipe. J’ai évolué aux côtés de joueurs comme Grégory Havret, Christophe Ravetto, François Delamontagne, José Filipe Lima, Charles Russo…. », égrène Charles-Henri. Quand on parle d’ovni ! « J’étais bien sûr le seul à avoir une invalidité. Mais au beau milieu de ces joueurs, je me sentais à ma place car j’avais les mêmes résultats » dit-il simplement.

Logiquement, fort de ce statut, Charles-Henri entrevoit une carrière professionnelle. Une ambition qui va se heurter à la réalité du très haut niveau. « Nous avons dans la famille, une entreprise centenaire. Une entreprise de restauration de monuments historiques avec des tailleurs de pierre, des sculpteurs, des compagnons… J’ai alors un peu plus de 20 ans et je poursuis mes études tout en jouant assidûment au golf. Mon oncle (ancien président du golf de Saint-Nom-la-Bretèche, qui était aussi le patron de l’entreprise avec mon père, me dit : écoute d’avant d’entrer dans l’entreprise, prend une année pour toi et va tenter de devenir joueur sur le circuit, va voir ce que ça donne. J’ai donc consacré une année à cet objectif. Et je suis revenu assez rapidement avec un constat clair : je n’ai pas le niveau pour en faire mon métier ». Implacable. Une constatation si limpide d’ailleurs que Charles-Henri la prend avec beaucoup de lucidité et de philosophie. « Je me rappelle de cette période. J’étais donc dans le giron fédéral et nous avions Gery Watine en tant qu’entraîneur principal. Nous partions en tournoi par exemple en Allemagne et nous croisions des étrangers. Je me souviens notamment des Australiens qui faisaient une tournée en Europe. Et là, au regard des résultats, j’ai compris la différence. La première semaine Adam Scott qui mettait 15 coups à tout le monde, la semaine suivante c’était Geoff Ogilvy qui s’imposait avec autant de différence, et j’en passe … Donc toi en fait tu étais à côté dans le même tournoi, tu avais du mal à finir dans le par, tu bataillais et des joueurs comme eux gagnaient à -20 et c’était comme cela quasi toutes les semaines. Là si tu es un peu lucide, tu te dis bon OK je pense que le tour, ce n’est pas pour moi ! »

Retour à la réalité et retour France pour l’ex futur joueur professionnel. Cette expérience enrichissante lui a aura appris deux choses : le niveau pour accéder au circuit et trop élevé et son amour du golf décuplé. « Là en fait tu rentres en France, tu dis c’était super mais je ne peux pas suivre le niveau de ces gars là. Je me suis dit : écoute tu as fais une belle carrière amateur, c’est déjà bien, la marche suivante est trop haute. Je suis donc rentré dans l’entreprise familiale. J’ai continué bien sûr à joueur au haut niveau amateur. A un très bon niveau jusqu’à 35 ans environ. En individuel et en équipe avec Saint-Nom. Nous avons gagné 5 Trophées Gounouilhou, des Coupes de France…. Et j’ai gagné une vingtaine de Grand Prix. »

Il ne le sait pas encore, mais quelques années plus tard, il va « redécouvrir » son sport via le handigolf. Une autre carrière va alors débuter. « Nous sommes dans les années 2010, j’ai 34 ans. Le président de l’association Handigolf France vient me trouver. Il aimerait que je participe à des tournois handigolf. Je lui dit merci mais lui explique que je ne me vois pas évoluer et peut être gagner avec face à moi des gens qui ont des invalidités très lourdes, plus de jambe, plus de bras, etc. Je ne veux pas passer pour un imposteur. Je ne me voyais pas comme  invalide, notamment parce que je jouais et performais en golfeur valide ».

Les années passent et c’est finalement son ami Frédéric Cupillard, joueur professionnel, qui va le convaincre et lui mettre le pied à l’étrier. « Nous nous sommes retrouvés par hasard à un tournoi à l’Île Maurice. Il m’explique qu’il va s’occuper des équipes de France paragolf et il m’incite à faire partie de l’aventure. Je suis toujours réticent et inquiet à l’idée de prendre la place de quelqu’un sans légitimité… Mais c’est un ami, il a fini par me convaincre.».

Tout s’enchaîne: « Mon premier tournoi Paragolf, c’est l’Open de France Paragolf au Golf National, que je gagne. Puis Frédéric Cupillard me sélectionne pour les Championnats d’Europe en Autriche en 2015 ». Il découvre alors des athlètes de très haut niveau, une surprise et une prise de conscience. « J’ai joué avec un Suédois et un Danois et j’ai été épaté par le niveau. Moi je joue -5, comme le Danois, et le Suédois lui joue -6 donc là, ça jouait très propre, c’était du sérieux ! « . Au delà de cette première expérience sportive, c’est surtout l’ambiance qui régne dans cette communauté d’accidentés de la vie qui enthousiasme Charles-Henri : « J’ai découvert tout un monde, avec des personnes extraordinaires aux destinées extraordinaires.  Des gens pour qui il y avait un avant et un après. Chaque histoire était touchante, d’autant plus qu’il y avait autant de handicaps et de maladies que de participants si je puis dire. Chacune était donc unique. Il y a avait à la fois de la solidarité mais aussi cette volonté de réussite sportive. Il se dégageait de cette communauté une force impressionnante ».

Depuis, celui qui est vice-président de son club de toujours, Saint-Nom-la-Bretèche, n’a jamais cessé d’évoluer aussi bien avec les valides que parmi les invalides. Avec une réussite qui rappelle ses années amateur. En effet, Charles-Henri possède le plus beau palmarès handigolf avec notamment 9 victoires au Championnat de France Paragolf, le dernier en date glané en 2025. Dans son armoire à trophées, on compte également plusieurs titres avec l’équipe de France Paragolf, notamment tenante du titre en Championnat d’Europe, remporté l’an dernier en Suède.

A 46 ans, nanti d’un palmarès long comme le bras (le gauche), Charles-Henri Quelin n’arrêtera jamais la compétition tant que son corps le lui permet, « aujourd’hui c’est plus mon dos qui me fait souffrir. Même si avec l’âge, gagner va devenir de plus en plus compliqué », annonce-t-il.

On est parfois victime de son succès. Et sur un point bien précis, le paragolf connaît cet écueil.  Porté par la prise de conscience, la forte volonté d’inclusion qui a gagné tous les pans de la société le paragolf, a en effet connu, et on ne peut que s’en réjouir, un développement fulgurant en quelques années. Peut-être un peu trop rapide si l’on en croit l’intéressé : « On peut quand même rencontrer un problème aujourd’hui qui concerne le manque d’équité voire des soupçons de triche. On voit parfois arriver sur des compétitions paragolf des joueurs qui ne semblent pas vraiment invalides. Des gens qui en tous cas à première vue n’ont pas de handicap physique, qui marchent normalement, qui ont un swing fluide, qui mettent des « pains » à 300 mètres… il y a un moment on se pose des questions. Ces adversaires ont souvent un handicap mental, et c’est tout à fait différent d’un handicap physique.». La compétition se trouve alors biaisée.

Le paragolf gagnerait donc à uniformiser et clarifier les conditions d’admission et effectuer un contrôle systématique en amont des compétitions. C’est le cas aux Jeux Paralympique, où il n’existe a aucun doute sur les athlètes qualifiés. Il y a aussi certainement, en raison d’une volonté certes louable au départ de ne pas froisser, ou montrer du doigt un handicap plus qu’un autre, le souci de faire le moins de différences possibles. En gros ménager les sensibilités. Or, parfois, ce type d’approche fait évoluer sur une ligne de crête et peut mener à des situations ubuesques. « A une époque on nous expliquait par exemple qu’il y avait des personnes de petite taille n’avaient pas de statut particulier et jouaient avec des personnes de taille normale. Ce qui, et c’est évident, n’est pas équitable».

Tous les handicaps se valent-ils ? Non bien entendu et il existe des « catégories de handicaps », alors qu’avant on avait tendance à ne pas trop faire de différences et loger tout la monde à la même enseigne : « Le paragolf visant une inscription aux Jeux Olympiques, les instances ont mis en place, sur les compétitions par équipe comme aux Championnat d’Europe, un système de blocs. C’est à dire qu’au sein d’une équipe il doit y avoir un athlète qui joue en fauteuil paragolf et un athlète qui a un handicap au niveau des membres supérieurs, comme moi. Quand les règles sont claires, la compétition est équitable… » Et elle a donc du sens.

Aujourd’hui, le paragolf se développe, se professionnalise, devient plus accessible et son statut a évolué, passant d’une pratique marginale sans grands moyens financiers et humains, à une catégorie reconnue , considérée et valorisée.  « Il y a davantage de moyens, de ressources. Les tournois sont plus nombreux, l’organisation est plus pro, les budgets alloués plus importants…. », se réjouit Charles-Henri Quelin. Que peut-on faire pour progresser encore ? « Tout d’abord, donner plus de visibilité au paragolf. Il faudrait imaginer créer en France un grand tournoi international impliquant du public, des médias, des actions visibles…. Et comme l’argent est le nerf de la guerre, peut-être faire une campagne pour attirer des investisseurs, des partenaires, faire participer des entreprises à titre privée car elles peuvent également y être confrontées ».

Le handicap concernant en effet tout le monde, l’inclusion de tous dans le sport est une source d’enrichissement mutuel et un vecteur puissant de cohésion sociale.

Pour aller plus loin : retrouvez notre article annonçant le lancement du projet « Handicap Zero »:

fairways met le paragolf à l’honneur avec le projet « Handicap Zéro »